Rythmes et vibrations plastiques de Claire Michault

 

Cadence captivante d’une arithmétique apaisante articulant en une trame infinie de petites particules de vies. Telles les fractions d’un monde empreint d’effervescence, ces réseaux de carrés et de rectangles concentrent en leur cœur toute l’allégresse de l’univers. Pixels d’entrelacs de matières au chromatisme pétillant dont les vibrations résonnent de l’œil jusqu’à l’esprit. Et puis, de ces parcelles d’énergies, de ce magma de couleurs émergent alors, en haut-relief, des silhouettes simplifiées et stylisées de personnages qui semblent s’animer pour véritablement s’émanciper du support. Ils bougent et respirent dans l’espace transmettant vitalité, candeur et bonheur.

Reflet de sa vision résolument positive de la vie, de son cheminement vers un épanouissement personnel, les toiles de Claire Michault tendent vers un juste milieu, un équilibre harmonieux entre la sérénité insufflée par la répétition de formes géométriques et le dynamisme joyeux d’une gestuelle vivante et colorée contenue en chacune d’elles. Le construit et le déconstruit se répondent sans cesse, temporisant l’un, débridant l’autre, pondérant ainsi plénitude et jubilation. C’est d’abord en des fonds monochromes, le plus souvent sur la pureté du blanc, que la plasticienne travaille la matière afin de lui donner formes et reliefs tout en exaltant entre elles les couleurs acryliques. La palette s’avère tantôt explosive d’intensité, tantôt vibrante de tendresse pour traduire le panel émotionnel de toute une vie, de ses moments, d’une mémoire aux multiples ressentis qui fut un jour extasiée devant la splendeur d’un paysage, émue par la résonance d’une rencontre, emportée par le rythme d’une musique. Contrastes de couleurs pures, saturées de lumière et insaturées frémissent de force et de gaieté à travers leurs entrelacements déliées de matières faisant écho à l’Action Painting de Jackson Pollock. Provoquant ainsi de multiples pulsations cadencées et dégagées par leurs simultanéités, leurs superpositions et leurs juxtapositions, les couleurs vibrent continuellement. Cette manière d’associer folie gestuelle et folie colorée à des rythmes algébriques issus de l’agencement de formes géométriques rappelle le travail de l’artiste québécois Patrick Pépin qui, comme pour Claire Michault, est convaincu que la vie et l’art restent totalement liés.

Les dernières créations de la plasticienne font plus fortement appel au transfert d’images, une technique différente du collage qui consiste à imprégner directement sur la toile les motifs à l’encre d’un papier qui sera par la suite retiré ou dans certain cas laissé sur le support. Ainsi, les fonds immaculés sont affublés de notes et de partitions musicales, d’extraits de journaux, d’articles de presse, de jeux de mots croisés et de fragments de romans avant que les formes géométriques débordantes de vies ne viennent rehausser le tout. « Musicos » et « Chroniqueurs » entament un dialogue entre la vibration des couleurs, des notes musicales et des mots. Mais si la musique et la littérature semblent détenir un rôle important dans la création de Claire Michault, cette dernière exècre les médias en tant qu’outil de manipulation des pensées. Son écriture picturale dynamique ainsi que son chromatisme intense révèlent alors une symbolique différente lorsque placés sur les articles de presse : il s’agit ici de la pensée libre qui naît du sens critique effaçant certaines parties de ces écrits journalistiques trompeurs pour laisser place à une vision plus clairvoyante et plus joviale du monde.

La plasticienne incorpore sur le support des sculptures que l’on retrouve également dans sa production artistique de manière autonome. En combinant divers matériaux empruntés à la vie quotidienne, Claire Michault élabore manuellement ces petits bonhommes empreints d’espièglerie. « Redonner une deuxième vie à ces objets destinés à la poubelle et difficilement recyclables me plaît énormément. C'est ma façon à moi de faire quelque chose pour la planète » explique Claire Michault. Ainsi, cintres en métal, morceaux de polystyrène, de bois, vieux tissus et papiers ayant servi à transférer les motifs sont récupérés concédant à élaborer ses personnages peints et leur socle. « Musicos » et « Chroniqueurs » s’avèrent donc des œuvres hybrides, associant peinture et images mais aussi intégrant la sculpture à la manière des Combines deRobert Rauschenberg qui s’inscrit dans le sillage des assemblages dadaïstes usant de matériaux non artistiques et ayant aussi développé des analogies entre la musique et les arts plastiques.

 « Ce n’est ni de l’Art pour l’Art, ni de l’Art contre l’art. Je suis pour l’Art, mais pour l’Art qui n’a rien à voir avec l’Art. L’Art a tout à voir avec la vie, mais il n’a rien à voir avec l’Art » affirmait Rauschenberg. A travers un expressionnisme abstrait structuré en une multitude d’explosions d’éclats de joies vibrants de couleurs et de mouvements, le travail de matières recyclées donnant naissance à des personnages folâtres et taquins qui surgissent parfois de la toile et les éléments directement empruntés au quotidien, Claire Michault transmet l’indicible beauté du ressenti et sa vision positive du monde. Les événements façonnant le parcours personnel de la plasticienne se reflètent dans son art où chaque rectangle ouvre sur une fenêtre intérieure se voulant un véritable hymne à la vie.

 Sarah Noteman, critique d’art, Mai 2017